

La performance d’un arbitre de football repose sur bien plus que ses dĂ©cisions. La capacitĂ© Ă maintenir une intensitĂ© physique constante, souvent de manière intermittente, est essentielle pour prendre des dĂ©cisions justes tout au long du match. Contrairement aux joueurs, l’arbitre n’a que peu de temps de repos et doit alterner entre des sprints intenses et des phases de rĂ©cupĂ©ration active. Cette spĂ©cificitĂ© exige un programme de prĂ©paration physique adaptĂ©, oĂą la gestion de l’effort intermittent devient cruciale.
Le savez-vous selon le SAFE [1] :
[1] Syndicat des arbitres du football d’élites
En moyenne, un arbitre central de Ligue 1 court entre 10 et 13 kilomètres par match, tandis que ce chiffre est divisĂ© par deux pour les arbitres assistants. L’arbitre effectue Ă©galement environ 150 accĂ©lĂ©rations et plus de 800 changements de direction. Ces efforts intenses amènent parfois l’arbitre Ă prendre des dĂ©cisions alors qu’il est Ă plus de 95 % de sa frĂ©quence cardiaque maximale. Ces Ă©lĂ©ments nous poussent Ă rĂ©flĂ©chir Ă l’importance et au rĂ´le de l’effort intermittent dans l’entraĂ®nement des arbitres.
Le travail intermittent c’est quoi ?
L’effort intermittent se caractĂ©rise par des alternances d’effort intense et de rĂ©cupĂ©ration, rappelant la mĂ©thode d’entraĂ®nement « Fartlek » dĂ©veloppĂ©e en Suède, qui signifie « jeu de course ». Ce modèle, basĂ© sur des variations de rythme, favorise Ă la fois le dĂ©veloppement des systèmes aĂ©robies et anaĂ©robies, rendant l’effort mixte. Pour les arbitres, ce type d’effort est primordial, car il simule les actions du match, comme les sprints et les changements de direction soudains, tout en permettant une gestion optimale de la fatigue musculaire.
Le travail intermittent offre une flexibilité précieuse : il est possible d’ajuster plusieurs paramètres pour varier les objectifs d’entraînement, tels que :
- Le ratio effort/récupération : moduler la durée des périodes actives et de repos.
- L’amplitude de la récupération : choisir entre une récupération active (à intensité faible ou modérée) ou passive.
- Le volume de la séance : nombre de répétitions et de séries.
- Le type de terrain : courir sur terrain plat, vallonné, ou en côte.
Un bon indicateur de l’efficacitĂ© d’une sĂ©ance est le temps passĂ© au-delĂ de 90 % de la VO2 max[1] (Billat et., al 2001, Tabata et al., 1997). Plus on consacre de temps Ă ce niveau, plus on amĂ©liore la VO2 max, qui est cruciale pour l’endurance Ă haute intensitĂ©.
Aussi il est important de garder Ă l’esprit que la frĂ©quence cardiaque (FC)[2] est un indicateur clĂ© de l’intensitĂ© de l’exercice aĂ©robie. Dans des conditions stables, elle Ă©volue de manière linĂ©aire avec l’effort. Si la frĂ©quence cardiaque diminue, cela indique gĂ©nĂ©ralement une baisse d’intensitĂ©. En comprenant ces mĂ©canismes, on peut alors maintenir une rigueur tout au long de la sĂ©ance d’entraĂ®nement et ajuster l’effort pour rester dans la zone cible.
Enfin, un facteur déterminant qui peut orienter votre entraînement est la durée et la nature de la récupération. Ce paramètre influence fortement les objectifs que vous vous êtes fixés :
- Si l’objectif est de favoriser les efforts explosifs (efforts de 30 secondes maximum), privilégiez une récupération passive.
- Si l’objectif est de développer l’endurance aérobie (efforts supérieurs à 30 secondes), optez plutôt pour une récupération active.
[1] Quantité d’O2 la plus élevée mesurée au niveau de la mer pouvant être consommé par un sujet par unité de temps au cours d’un effort musculaire.
[2] Nombre de contraction ventriculaire par minute
L’importance de l’entraînement fractionné
L’entraĂ®nement fractionnĂ© Ă haute intensitĂ© (HIIT) est une mĂ©thode particulièrement efficace pour amĂ©liorer la gestion de l’effort intermittent chez les arbitres. En intĂ©grant des intervalles courts Ă 100-115 % de la VMA[1], suivis de phases de rĂ©cupĂ©ration active, on renforce l’endurance tout en retardant l’apparition de la fatigue. Des Ă©tudes ont montrĂ© que le HIIT augmente significativement la capacitĂ© d’endurance et rĂ©duit l’accumulation de lactate, ce qui est important pour maintenir une performance Ă©levĂ©e tout au long d’un match (Burgomaster et al., 2005).
Dans le mĂŞme esprit, une Ă©tude menĂ©e par Gunnarsson et Bangsbo en 2012 a testĂ© ce type de sĂ©ance auprès de footballeurs professionnels, avec un programme appelĂ© « 10-20-30 training ». Les rĂ©sultats ont montrĂ© des amĂ©liorations plus significatives par rapport Ă une sĂ©ance classique d’endurance de 40 minutes. Le principe du 10-20-30 training consiste Ă courir pendant 10 secondes Ă vitesse maximale, suivies de 20 secondes Ă 60 % de la vitesse maximale, puis de 30 secondes Ă moins de 30 % de cette mĂŞme vitesse. Ce cycle est rĂ©pĂ©tĂ© pendant 5 minutes, avec 3 Ă 4 sĂ©ries de 5 minutes, et une rĂ©cupĂ©ration de 2 minutes entre chaque sĂ©rie. Cette mĂ©thode d’entraĂ®nement, d’une durĂ©e totale d’environ 30 minutes avec l’échauffement, permet de maintenir des frĂ©quences cardiaques plus Ă©levĂ©es sur des pĂ©riodes prolongĂ©es.
[1] 1ère vitesse à laquelle on atteint VO2max. En d’autres termes c’est la vitesse limite atteinte à VO2max -dépendante de la VO2, de l’économie de course et de la motivation
À long terme, ce type d’entraînement a montré plusieurs bénéfices, tels que :
- Une augmentation de 4 % du VO2max
- Un gain de 21 secondes sur un 1500 mètres
- Un gain de 48 secondes sur un 5000 mètres
- Une diminution de la pression artérielle systolique (PAS)
- Une réduction du taux de cholestérol
Évaluer l’effort intermittent: Le test Werner Helsen
Le test Werner Helsen, souvent utilisĂ© pour Ă©valuer les arbitres, illustre parfaitement l’importance de l’effort intermittent. Ce test consiste Ă rĂ©aliser une sĂ©rie de sprints suivis de courtes pĂ©riodes de rĂ©cupĂ©ration active, reproduisant les conditions rĂ©elles d’un match. Il permet de mesurer la capacitĂ© d’un arbitre Ă gĂ©rer ces phases intenses et leur impact sur la rĂ©cupĂ©ration. Ce test est un indicateur essentiel pour ajuster l’entraĂ®nement, en amĂ©liorant Ă la fois l’endurance et la rapiditĂ© de rĂ©cupĂ©ration, deux qualitĂ©s indispensables sur le terrain.

Ce travail présente plusieurs avantages :
- Il permet de travailler à haute intensité plus longtemps (plus de volume).
- Il optimise l’Ă©nergie, en combinant des efforts intenses avec des pĂ©riodes de rĂ©cupĂ©ration ou d’activitĂ© moins intense.
- Il favorise l’utilisation efficace des diffĂ©rentes sources d’Ă©nergie du corps.
- Il améliore les conditions cardiovasculaires.