Maxime Sellier en Bleu à l’Euro de Cécifoot lundi !

Publié le 13/08/2026

Le joueur du FC Nantes Cécifoot, Vendéen d’origine, rejoint ce jeudi en train la sélection tricolore à Strasbourg, lieu d’accueil du championnat d’Europe qui débute ce lundi 17 août au pied du Parlement Européen (matchs en direct sur France 2 à 16h). Une grande première dans un tournoi majeur pour celui qui a découvert la pratique il y a 4 ans seulement. Une trajectoire exceptionnelle sur laquelle il a accepté de revenir avec nous cette semaine…

Maxime, comment as-tu accueilli cette sélection pour l’Euro fin juillet ? Comme une évidence alors que tu avais effectué tous les stages avec l’Equipe de France cette saison ?
Maxime Sellier : « Il y a une certaine logique c’est vrai, mais le football n’est pas un sport comme l’athlétisme ou la natation avec des chronos qualificatifs. C’est le sélectionneur qui décide, ça reste subjectif, donc tu as toujours cette part de stress, sachant, qu’au final dans la liste, il y a un joueur qui était médaillé d’or aux Jeux de Paris, qui a fait tous les stages depuis le début d’année, qui a gagné le championnat de France avec son club cette année, et qui pourtant n’a pas été retenu. Donc rien n’est garanti. Je n’en ai pas trop parlé, mais quand j’ai reçu ma sélection pour l’Euro, c’était 5 ans jour pour jour après le moment où j’apprenais le nom de ma maladie. C’est un sacré symbole, j’avais les larmes aux yeux avec mon meilleur ami quand j’en parlais parce qu’à l’époque, j’étais en colocation avec lui. J’ai perdu la vue en 2021 et il a tout vécu avec moi. C’était comme une petite récompense d’être sélectionné pour l’Euro. La cerise sur le gâteau, ce serait de revenir avec la médaille d’or ! »
   

Le club du FC Nantes Cécifoot s’est bien sûr félicité de ta sélection. C’est assez incroyable d’avoir atteint ce niveau si rapidement…
Maxime Sellier : « Complètement : 5 ans, à l’échelle d’une vie, ce n’est pas grand-chose. Mais beaucoup d’évènements se sont passés depuis. Si on revient un petit peu en arrière, j’ai commencé le Cécifoot en mai 2022, j’ai intégré l’équipe de France Espoirs en février 2023. Et du coup l’équipe de France A il y a un peu plus d’un an maintenant, en juin 2025. Avec notamment un dernier stage de 10 jours à Roubaix, du 17 au 27 juillet, assez intense avec deux entraînements par jour. Et puis le sélectionneur a donné sa liste 3 jours plus tard. Strasbourg est un peu loin pour qu’il y ait un déplacement officiel, mais il y a un vrai accompagnement de la part de mon club. Certains joueurs de l’équipe de France ont changé plusieurs fois de club, mais moi c’est vraiment mon club formateur. J’ai débuté dans la pratique avec Jérôme (Pénisson, également ancien international et désormais président du club), Ousmane (Diallo), Isnel (Gajdzik) et puis tous ceux qui qui m’ont coaché depuis mon premier entraînement en 2022. A l’époque, je n’avais aucune idée de ce qu’était le Cécifoot. Pourtant, j’ai fait du foot pendant des années à fond, en Vendée, mais je n’en avais jamais entendu parler. »

Peux-tu nous rappeler comment tu as fait tes premiers pas dans la pratique ?
Maxime Sellier : « Quand j’ai perdu la vue, je suis allé en centre de rééducation à l’époque à Vertou. C’est là-bas que j’ai rencontré Ousmane. Pendant une pause, entre deux cours pour réussir à utiliser ma canne ou encore utiliser un outil d’aide vocale, il a commencé à me parler de Cécifoot. Dès le lendemain, il m’a emmené à un entraînement. J’ai vraiment sous-estimé le truc parce, dans ma tête, des personnes non-voyantes devaient jouer sans contact et sans courir. J’y suis allé sans chaussures de foot et sans protège-tibia. Je me suis retrouvé avec Jérôme qui m’a tenu le bras et qui a commencé à me faire faire des montées de genoux, talons-fesses et puis on a fini avec quelques accélérations d’une barrière à l’autre, c’était assez traumatisant (rires). Il m’a mis la pression d’entrée, genre « Tu sais courir, maintenant on va voir ce que tu vaux ». La première fois que je mettais le masque, c’était quelque chose aussi. Les gars de Nantes me connaissent tous très bien. Ça faisait un an que j’avais perdu la vue et ils m’ont énormément aidé dans la vie quotidienne. On se voit en dehors, c’est une vraie famille. On a tous terminé nos entraînements fin juin et il restait une quinzaine de jours avant mon dernier stage avec l’Equipe de France. Ils ont tous continué à faire des séances vraiment pour moi, juste pour que j’arrive le plus en forme possible sur ce stage. »

Il y a 2 ans, cette Equipe de France remportait les Jeux Paralympiques de Paris : où étais-tu à ce moment-là ?
Maxime Sellier : « C’était vraiment exceptionnel. Vu que je jouais à l’époque en Equipe de France Espoirs, je m’occupais de sensibiliser le public qui rentrait dans les gradins avant le match, parce que forcément il y avait 13 000 personnes dans les tribunes, et sur les 13 000, il y en avait peut-être 12 000 qui ne connaissaient pas les règles du Cécifoot et qui découvraient même ce sport pour la première fois. Donc avant le début des matchs, je m’occupais de les sensibiliser. Et puis après je profitais dans les tribunes. J’ai assisté à tous les matchs des Bleus et j’ai même j’ai même pleuré quand la France a été championne paralympique. C’est un sport que j’ai découvert simplement deux ans avant cette finale. Et c’est génial d’être sur le terrain dès la compétition officielle suivante deux ans après. »

Comment as-tu grandi dans ce groupe champion paralympique ?
Maxime Sellier : « Mes premiers stages, c’était assez facile entre guillemets, parce qu’il n’y avait pas tous les joueurs sur ce stage : c’était un petit peu l’équipe de France B, dans le sens où le sélectionneur a testé des jeunes comme moi. Il a pris des joueurs qui n’avaient pas été sélectionnés aux Jeux de Paris. Ces derniers, il les a laissés au repos pour qu’ils fassent une coupure pendant l’été dernier et qu’ils se ressourcent avant de repartir au travail. Ma première sélection, c’était un match amical en Roumanie. J’ai tout de suite eu du temps de jeu. Ensuite, dès le mois de septembre, tout le groupe est arrivé et là c’était un peu plus compliqué de se faire sa place, avec des joueurs qui qui se connaissent depuis 15-20 ans pour certains et qui ont gagné des titres ensemble. C’est pas évident, surtout dans un sport comme le Cécifoot où il y a beaucoup d’automatismes qui se créent sur le terrain. Il faut connaître la voix de ses coéquipiers par cœur. Sur les premiers entraînements, je confondais un peu les voix de chacun. Mais, petit à petit, je me suis mis dedans. Et dans la vie à l’extérieur du terrain, j’ai tout de suite été bien intégré. C’est vraiment une belle équipe de copains. Et puis, lors des derniers matchs de préparation en Argentine et au Brésil, ça m’a vraiment permis de prendre le pli des gros matchs internationaux, avec une intensité et un rythme plus élevé. Les contacts sont plus violents aussi, il faut être beaucoup plus rapide dans nos décisions : ça m’a permis de vraiment me mettre à ce niveau-là. Je me sens pleinement intégré dans l’équipe, que ça soit sur et en dehors du terrain. »

Quels progrès penses-tu avoir effectué depuis un an avec tous ces matchs et ces entraînements à haute intensité ?
Maxime Sellier : « J’ai beaucoup pris en expérience, avec également Charleroi en Coupe d’Europe. Je reste un joueur qui a découvert ce sport il y a seulement 4 ans finalement. On a beau s’entraîner autant qu’on veut, ce qui nous fait vraiment progresser, c’est l’intensité des matchs. J’ai appris à être beaucoup plus calme sur le terrain. C’est quelque chose de très important au Cécifoot, car sinon tu te précipites, tu analyses moins bien, tu écoutes moins bien et tu ne prends pas forcément les bonnes décisions : ça m’a fait gagner en régularité et avec Nantes j’ai réussi à marquer quasiment lors de chaque match. J’ai reçu le titre de meilleur buteur, ça a récompensé un petit peu tous ces entraînements, notamment ceux avec un groupe aussi fort en Equipe de France. C’est dur à expliquer comme sensation, mais quand tu as le masque sur les yeux, et que tu oublies le sens de la vue, tu arrives à avoir cette sensation de masse à côté de toi. J’arrive maintenant par exemple, quand je m’entraîne à la Trocardière, à sentir un peu la barrière en étant à un ou 2 mètres. Ce qui me permet d’être plus précis dans mes courses. Avant, il fallait que je la touche systématiquement. Forcément, tu gagnes en vitesse. En Equipe de France, le top du top, c’est le capitaine Frédéric Villeroux (photo aux côtés de Maxime ci-dessous). Il est tellement habitué qu’en étant parfois à une dizaine de mètres du but, il sent la masse et il n’a même pas besoin de guide pour lui indiquer les poteaux. Il va prendre le ballon, dribler et envoyer une frappe dans le but parce qu’il a cette sensation de masse. Moi, pour le moment, c’est seulement la barrière à un ou 2 mètres… Je m’inspire beaucoup de lui parce qu’il est un petit peu comme moi, dans le sens où il lui reste pas mal de vues au quotidien. On doit donc forcer beaucoup et lorsque l’on met un masque, on ressent tous les deux une petite appréhension pendant 5-10 minutes au début des entraînements. On a ce temps d’adaptation quand on est plongés dans le noir. Frédéric m’aide pas mal à ce niveau-là. Il me donne des conseils pour être tout de suite plus à l’aise et switcher dans sa tête du mode malvoyant au mode non-voyant. C’est différent de quelqu’un qui pratique le Cécifoot en étant complètement aveugle. »


Par David Cadiou

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